Mercredi 19 octobre 2011 3 19 /10 /Oct /2011 06:41

 

L’endroit n’était pas à proprement facile à trouver. Il se trouverait surement de l’autre côté du monde, là où le jour se lève avant notre soleil, là où les plages sont belles et longues, là où tout avait commencé, là où les enfants courent pieds nus dans le tumulte des pots d’échappements. Je n’ai jamais su quel était le chemin que nous aurions à emprunter. Le bon chemin s’entend. Il en existait autant que de personnes, que de couples et de familles.

J’avais d’abord pris conseil auprès d’Arlette. La douce Arlette qui nous avait précédés sur ce chemin d’une bonne quinzaine d’années. « Il te faudra aller tout droit, ne pas chercher à te retourner, ne pas regarder à droite ni à gauche, préférer les trottoirs plein de soleils aux à-côtés sombres et glissants. Parfois ta route se fera sinueuse, alors n’hésite pas à reprendre ton souffle et à te laisser guider par le soleil. Nous avons tourné à gauche mais tu devras peut-être aller tout droit, ou tourner à droite. Tu devras peut-être reculer pour mieux sauter, rebrousser chemin de quelques mètres pour trouver la bonne voie».

Nous avons pris la route. Doucement d’abord, presque timidement. En chemin nous avons croisé des personnes qui nous voulaient du bien, parce qu’on le valait bien. Elles nous ont asséné des conseils plus troublants les uns que les autres, tentant parfois de nous égarer au beau milieu d’un carrefour. « Comptez bien vos pas, le bonheur peut être ici si vous comptez jusqu’à sept ou bien là et il vous faudra alors faire dix pas de plus. Le bonheur est capricieux, quand vous le croyez à portée de main, le voilà qui s’échappe et s’envole bien plus loin que ne portent vos yeux. », oun encore « Prenez ce chemin là, celui qui a été le nôtre, et si vous n’êtes pas sûrs de vous vous serez toujours à temps de rebrousser chemin ». Mais nous avons continué sur la route droite qui se dessinait sous nos yeux .C’est alors que nous nous sommes trouvés au pied d’un mur qu’il fallait à nouveau franchir. « Méfiez-vous des vents forts et des mers agitées, méfiez-vous des sirènes qui vous attireront à droite ou à gauche, prenez garde à ne pas griller les stops et restez vigilants. N’acceptez rien qui ne soit réellement ce que vous souhaitez faire et laissez faire le destin, il fait très bien les choses ».

Et puis, est arrivée une nouvelle position : 116° 40' et 126° 34' de longitude est, 4° 40' et 21° 10' de latitude nord. Et nous avons de nouveau foncé tête en avant, rempli des pages et des pages de nos écritures chahutées et émues, pris le chemin du Conseil général. Nous sommes passés par la mairie du village, Nous avons pris des chemins de traverse pour traduire notre prose dans la langue de Shakespeare, frôlé des interdits qui arrivaient mais qui nous ont finalement laissé tranquilles, et comme toujours, nous suivions notre étoile, à moins que ce ne soit quelque nuage facétieux. Et là encore de nouvelles instructions sont arrivées. Le temps s’étirait encore jusqu’à dessiner deux années complètes, puis pratiquement trois. Nous avons attendu que le ciel se dégage, nous nous sommes arrêtés au pied du grand arbre rempli de fleurs blanches et de feuilles bruissantes, nous avons ramassé des iris jaunes et des bleuets, nous avons semé des cailloux blancs et des morceaux de verre dépolis, nous avons fait jouer nos doigts sur des manches en bois et soufflé dans des bâtons de bambous. Nous avons fait tout ce qu’on nous avait dit de faire. Nous avons fait tout ce que personne ne nous avait dit de faire, mais que nous savions être notre voie. Nous avons inventé des souvenirs, et colorié des sourires d’enfants, nous avons parfois ralenti quand le vent devenait trop fort et accéléré quand la mer se faisait plate. Nous n’avons tourné à gauche qu’une seule fois. Un soir d’octobre, ou bien était-ce novembre, juste le temps de se dire qu’il ne fallait pas changer de cap, qu’il fallait poursuivre notre chemin puisqu’il en était ainsi.Nous nous sommes aussi arrêtés à un carrefour où aucun panneau de signalisation ne nous signalait la bonne direction. Il y en avait plusieurs. Il faudrait faire confiance à notre instinct. Fermer les yeux et croire.


Je ne sais trop si nous arriverons un jour à bon port. Si toutes les consignes auront été bien suivies. Je ne sais trop si nous arriverons un matin ou un soir, un jour de grand soleil ou un jour de pluie. Je ne sais trop si nous regarderons en arrière pour évaluer tous les virages que nous aurons pris ou si le virage suivant sera encore le meilleur. Une chose est sûre pour arriver jusqu’à toi la route fut belle, parfois pénible il est vrai, mais belle surtout.

 

 

Par Pétula
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