Mardi 15 novembre 2011 2 15 /11 /Nov /2011 17:58

Tanh est entré dans nos vies.

 

Il est arrivé sans crier gare. Les portes étaient verrouillées, les volets tirés, les fenêtres bouclées:il a dû passer par l'interstice de notre cœur.

 


Il est arrivé tôt un matin, à l'heure où le soleil réchauffe la rosée déposée dans le jardin, à l'heure où le café fume encore dans ma tasse au rebord argenté, à l'heure où les premiers coups de feu des chasseurs claquent et résonnent dans ma campagne. La lumière était magnifique, j'aurais dû me douter que cela allait être une belle journée.

 

Je n'en n'attendais rien . Juste de bons moments à passer avec mes enfants. Le mercredi a toujours pour moi le goût des ces semi-vacances arrosées de soda et de Nutella étalée sur des tranches de pain de mie. Je n'espérais rien non plus. J'en avais fini de croire au Père Noël ou aux cigognes au long cou. Nous attendions. Nous passions notre temps à attendre. Que les mois passent,  que de bonnes nouvelles tombent sur un forum en particulier, un forum où finalement tu ne serais pas. J'avais appris que l'attente n'apporte rien si ce n'est un poids et une langueur que je ne supportais plus. Mon coeur était lourd et je ne savais pas encore qu'il allait s'alléger en quelques minutes.

 

Le téléphone a sonné. « Je voudrais vous parler d'un petit garçon de 4 ans, qui aura 4 ans à la fin du mois. Il est né au Vietnam».


Mon dieu que la lumière était belle. Je la regardais pour toi. Découvrant des nuances que je n'avais sans doute jamais encore vues. Je restais muette. J'entendais les feuilles bruisser dans le vent du sud, je sentais mon coeur cogner dans ma poitrine, il me semblait que mes deux pieds ne touchaient pas le sol. L'eau de la piscine, à quelques mètres de moi avait décidé de se taire pour ne pas déranger de son clapotis les pensées qui m'assaillaient.

J'avais imaginé la scène des dizaines de fois. Peut-être allais-je pleurer? Mais il n'en fut rien. Sauter de joie? Non rien de tel non plus. Peut-être faudrait-il que je m'assois? La position debout me convenait plutôt bien. Me mettrais-je à danser alors? Mes pieds caressaient l'herbe en cadence mais j'ai simplement continuer à marcher, tournant dans le jardin comme une girouette qui aurait perdu le nord. J'ai posé quelques questions: son nom, sa date de naissance, comment était-il, le délai de réflexion qui nous était imparti.

 

Et puis j'ai raccroché. J'ai tenté de remettre de l'ordre dans mes idées. Un sourire s'était installé sur mes lèvres, un sourire qui fit dire à Petite Chérie « qu'est ce qu'il y a maman? »

Le reste de la journée s'est enchainé. Il fallait prévenir ton papa, ta grande soeur avec un SMS énigmatique et ton frère aussi qui, sitôt assis dans la voiture à la sortie du lycée comprendrait immédiatement qu'il se passait quelque chose. Nous prendrions notre décision de faire route vers toi au bout de la journée.

C'était vraiment une belle journée.

 

La porte d’entrée était grande ouverte, il est passé par la fenêtre. Nous l’attendions d’un pays aux multiples îles, il arrive d’un tout autre endroit, peuplé de rizières et de montagnes magiques dont je ne connais encore rien. Nous étions en attente dans un seul pays, les cigognes en ont décidé autrement  alors que mes doigts s’agitaient pour raconter que la veille nous avions mis une bille verte dans notre bocal à bille.

 

Verte comme les paysages qui s’impriment dans mes yeux quand je pense à son pays, verte comme tout l’espoir que ChériChéri a voulu glisser dans le bocal, quand, pour la première fois depuis tout le temps qu’on attend, il a choisi de le faire lui-même. Il devait penser que je n’y mettais pas assez de conviction. Il devait penser que je parlais mal aux cigognes à force de vouloir les faire griller le soir de Noël. Il devait penser qu’il fallait que se soit lui, et il avait raison.

 

Tanh est entré dans nos vies. Le hasard est mon ami, et n’est que l’ombre de la main de Dieu.

 

Notre aventure Philippine s’arrête donc ici. J’avoue en avoir le cœur serré. J’abandonne en chemin tout un réseau d’amies, mais je pense en garder quelques unes. J’espère.

 

Au fond dès le début de notre projet je savais qu’il en serait ainsi. Qu’un jour viendrait et qu’un petit garçon qui aurait 4 ans viendrait se rajouter à la meute. Avec des yeux particuliers, qui voient par delà le réel.Finalement peu importait l'endroit d'où il arriverait.

 

Bienvenue chez toi Tanh.

 

 

 Au delà de ces quelques mots que je viens de poser sur cette page, que j'ai mis longtemps à trouver, je reviendrai sur le fait que chaque adoption est unique et laisse aussi une large part de hasard. Nous n'étions en attente sur aucune liste, mais ceux et celles qui nous ont rencontrés savent que notre projet était particulier. Un petit bonhomme nous a cherché longtemps et a réussi à parler aux cigognes, aux étoiles filantes ou au vent, pour que le bout du ruban rouge échoue dans notre jardin.

Je souhaite à chacune d'entre vous qui lisez ces mots de connaitre très vite cette immense paix que l'on ressent quand, enfin, celui qu'on attendait tant est arrivé.Bien sûr ce post sera le dernier de "vent fort, mère agitée",le vent s'est apaisé et je ne suis plus agitée. Si vous souhaitez suivre nos aventures là où dorénavant je dépose mes mots, laissez moi un message pour que je vous en donne les clés.

Je vous embrasse et vous remercie d'avoir partagé quelques années de ma vie.

 

 

 

 

Par Pétula - Publié dans : à petits pas vers toi
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